Errances d’une fatiguée

        Les jours sont interminables, mais tout de même intéressants et parfois amusants ces temps-ci. Je ressens beaucoup de bonheur devant les progrès accomplis au fil de la session par tous mes étudiants. Cette semaine est la dernière et ils me font part des choses les plus importantes qu’ils ont apprises, selon eux, durant la session. Cela va d’être plus tolérant, plus respectueux, plus curieux des différences, sentir qu’ils savent plus de choses sur la condition des femmes et celle des minorités, à s’informer et lire plus en général, mais surtout lire plus de livres qui les sortent de leur zone de confort. C’était beau. J’ai presque pleuré tellement ça m’a touchée. Espérons qu’ils mettent ces choses en pratique et qu’il y ait une forme de rayonnement social à partir du cours et des livres qu’ils ont lus durant cette session.

            Je pense que ça devrait être le cas

            Je suis à la fois triste et heureuse que la session tire à sa fin. Triste parce que tous mes groupes étaient de bons groupes et que je les reprendrais tous, demain matin, pour une autre session, même ceux plus discrets ou moins motivés, qui, contrairement à d’autres années, étaient tous au moins extrêmement polis. Ceux intéressés étaient motivants et participaient aux cours, ce qui n’arrive pas très souvent, mais cette session c’était particulièrement magique. Heureuse, parce que je suis vraiment épuisée et que j’ai hâte de ranger la maison et de m’aventurer dans mes autres projets.

            J’ai sept projets de livres… Ce serait bien que j’essaie d’en mener un à terme au moins durant les 5 mois de vide d’emploi qui s’étaleront devant moi à partir de la semaine prochaine. 5 mois où je devrai vivre pauvrement, mais où je pourrai faire tout de que j’ai envie de faire et lire tout ce que j’ai envie de lire. Je vais essayer d’en profiter à fond. Je voudrais participer à des numéros de revues littéraires aussi dont les thèmes m’attirent et enfin tourner un peu plus ce blogue vers l’illustration et la bande dessinée, même si je pense que je continuerai quand même à écrire les longs textes aussi. Peut-être juste un peu moins souvent.

            Les jours sont aussi interminables parce que j’ai une quantité incroyable de travail à faire. En plus de toutes les copies que je dois corriger dans mes 4 groupes, je dois encore faire au moins trois dessins pour ce soir (d’où le retard du billet d’aujourd’hui) et je dois étudier pour mon dernier examen de la session qui aura lieu lundi prochain. Je suis quand même fière des derniers dessins produits :

            J’ai eu un gros succès dans mon cours d’enseignement des arts du lundi soir cette semaine. Nous devions faire une création à partir d’un artiste dont nous avions analysé une œuvre un peu plus tôt dans la session. Malheureusement pour moi, au moment de choisir l’artiste, je ne savais pas que nous devrions retravailler sur lui à un autre moment et j’avais choisi quelqu’un que je n’appréciais pas beaucoup. En fait ce n’était pas si malheureux finalement. Je pense que ça représentait en quelque sorte un plus gros défi pour moi de créer à partir de quelqu’un que je n’aimais pas pour fabriquer un objet avec lequel je sois au moins satisfaite sur le plan conceptuel. Mais finalement je suis arrivée à un objet qui me plaisait et qui était très cohérent avec les reproches que j’avais faits à l’œuvre initiale de l’artiste. Je pense qu’il est toujours possible de créer à partir de ce qu’on n’aime pas et qu’il est nécessaire d’avoir quelque chose à apporter pour pouvoir critiquer honnêtement le travail de quelqu’un d’autre. J’ai aussi toujours été bonne pour créer à partir de contraintes. Je trouve ça exaltant. Mon cerveau aime faire les contorsions nécessaires pour que j’arrive à dire ce que je veux malgré tout.

            Ce qui est plus mystérieux pour moi, c’est l’enthousiasme que j’ai mis à décrire ma création. J’avais un peu peur de faire la présentation parce que je ne vais pas très bien depuis quelques jours. Il s’est passé plusieurs événements qui ont sérieusement ébranlé ma confiance en moi. Depuis quelques jours, mon taux d’anxiété est à son niveau le plus élevé et je me sens honteuse, comme si j’avais fait quelque chose de mal, quelque chose qui mériterait que je me cache dans un trou noir jusqu’à la fin des temps. Ce n’est pourtant pas le cas. En fait les personnes qui m’ont plongée dans cet état sont celles qui devraient probablement aller vivre dans le trou noir… au moins un temps… pour réfléchir un peu… mais ça m’a fait remarquer combien une partie de moi est encore trop sensible et fuit littéralement très rapidement dans cet état de honte et de haine de soi.

            Je vais mettre beaucoup d’efforts à prendre d’autres habitudes mentales dès aujourd’hui. Je vais résister aux pressions extérieures qui essaient de me faire aller à l’encontre de mes limites. Par exemple, je n’écouterai plus personne qui m’encourage à aller parler à un homme que je trouve charmant si je ne me sens pas bien à l’intérieur. Je sais que je ne suis pas prête. Je sais que quand je fais ces efforts quand même je n’en ressors pas avec un sentiment de confiance plus grand. Je me mets au contraire à faire de l’anxiété et à imaginer sans fin les atrocités que l’autre a pu penser de moi. C’est encore pire si l’échange est ignoré par l’autre ou se passe mal. J’ai laissé des personnes m’encourager à aller vers une personne qui m’attirait cette session et ça m’a fait beaucoup plus de mal que de bien. Je sais que, même si de façon rationnelle je sais qu’ils ne sont pas tous horribles et violents, en ce moment, quand je m’approche d’un homme qui pourrait m’intéresser, ce que je ressens ce n’est pas du plaisir, mais de la terreur et je me sens au bord de la crise de panique. J’étouffe. J’ai l’impression que je vais mourir.

            Ce n’est donc pas simplement de la gêne, ni ridicule de la part. Ce sont des restes des multiples traumatismes que j’ai traversés. C’est de la terreur qui m’envahie dans chaque partie de mon corps et me hante pendant des jours après. Je ne suis pas prête et je ne laisserai plus jamais personne me parler comme si c’était ridicule de ma part parce que ces personnes n’ont pas vécu ce que j’ai vécu et n’ont aucune idée de comment je me sens lors de ces expériences d’approche. Je sais aussi que c’est lié à l’intimité, parce que je n’ai aucune problème à être proche ni échanger avec mes collègues et mes amis qui sont des hommes. Je vais prendre le temps que ça prendra. J’agirai quand je me sentirai mieux. C’est fini les conneries superficielles et la pression pour être en relation. Je dis non merci aux obsessions des autres.

            Personne n’est obligé d’être en couple à la fin…

            J’étais donc un peu toute croche, honteuse et mal dans mon corps au moment de faire ma présentation. Puis c’est arrivé : la douance, dans mon plaisir du langage, dans ma passion des liens entre les choses, dans ma fascination pour la cohérence du monde et de ses éléments, s’est emparée de moi et je me suis mise à parler et à décrire ma création de façon très drôle et passionnée. Toute la classe était essoufflée et riait, peut-être un peu dépassée par l’ampleur de mon impatience pour cet artiste. Mais j’ai réussi. Je ne sais jamais vraiment quel effet ça fait, mais j’étais satisfaite.  Ces éclairs d’inventivité langagière et théorique peuvent plaire, mais ils peuvent aussi intimider les autres. Je pense que la réaction d’ensemble a été plutôt favorable. J’ai eu de bons commentaires en tout cas.

            Il reste 6 jours, peut-être dix si on inclut ce qu’il me reste à corriger, avant que tout soit terminé. J’ai hâte. Après, je pense que je vais m’enfermer à la maison et lire, regarder des films et jouer avec le chien jusqu’au 1erjanvier. Je parlerai le moins possible. J’ai besoin de solitude et de repos.

            Bonne journée

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